La réponse en une phrase
Se mettre à son compte dans un métier manuel prend une demi-heure de démarches et des années de préparation. La création d'une micro-entreprise est gratuite et se fait en ligne : c'est tout le reste qui se prépare, à commencer par la qualification professionnelle exigée dans le bâtiment et par l'assurance décennale, obligatoire avant le premier chantier.
Sur les treize métiers présentés ici, deux mentionnent explicitement le travail indépendant dans leurs conditions d'exercice : le livreur-coursier, qui peut être salarié, intérimaire ou indépendant, et le plombier, souvent salarié d'abord puis installé à son compte. Le maçon s'y ajoute en pratique, sur le même chemin que le plombier.
La partie facile : créer la micro-entreprise
Le régime de la micro-entreprise a été conçu pour ça : démarrer petit, sans comptable, sans capital, sans local.
La déclaration se fait en ligne, sur le guichet unique des formalités des entreprises. Elle est gratuite. Elle vous immatricule et vous attribue un numéro d'identification, qui devra figurer sur vos devis et vos factures.
Trois principes gouvernent le régime :
- Vous cotisez sur ce que vous encaissez. Pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations. C'est la vraie sécurité du statut pour qui démarre.
- Un plafond de chiffre d'affaires existe, révisé périodiquement. Au-delà, vous basculez vers un régime réel, avec un comptable et une autre logique.
- Vous êtes votre entreprise. Pas de séparation entre les deux, hormis la protection de la résidence principale prévue par la loi.
Le stage préalable à l'installation, longtemps obligatoire pour les artisans, ne l'est plus. Il reste utile, mais ce n'est plus une case à cocher.
Et l'on peut cumuler la micro-entreprise avec un emploi salarié. C'est même la façon la plus sage de commencer : on teste la demande le soir et le week-end, on garde une paie qui tombe, et on ne quitte son poste que lorsque le carnet le justifie. Vérifiez seulement votre contrat de travail, qui peut comporter une clause d'exclusivité, et ne démarchez jamais les clients de votre employeur.
La partie que personne ne vous dit : la qualification exigée
C'est là que la plupart des projets s'arrêtent, et souvent après coup.
Une loi de 1996 réserve l'exercice de certaines activités aux personnes professionnellement qualifiées, ou à celles qui travaillent sous le contrôle effectif et permanent d'une personne qualifiée. Le bâtiment est en plein dedans : gros œuvre, maçonnerie, couverture, plomberie, chauffage, installation électrique, menuiserie, plâtrerie.
Être qualifié au sens de ce texte signifie l'une de ces deux choses :
- détenir un diplôme du métier, un CAP ou un titre professionnel équivalent ;
- justifier de trois années d'expérience professionnelle dans le métier, acquises comme salarié ou comme indépendant.
Autrement dit : un maçon qui a huit ans de chantier derrière lui peut s'installer sans diplôme, l'expérience faisant foi. Quelqu'un qui n'a jamais posé un parpaing ne le peut pas, même s'il crée sa micro-entreprise en trois clics. La création n'est pas bloquée par le guichet : le problème apparaît plus tard, au premier litige ou au premier contrôle, quand l'activité se révèle exercée sans droit.
D'autres activités relèvent du même texte, notamment l'entretien de véhicules, la coiffure, l'esthétique et plusieurs métiers de bouche. En revanche, le nettoyage n'y figure pas : un agent d'entretien qui s'installe à son compte n'a aucune qualification à justifier, ce qui explique que ce soit une des entrées les plus fréquentes dans l'indépendance.
Cas particulier du livreur : transporter des marchandises pour le compte d'autrui avec un véhicule motorisé suppose une attestation de capacité professionnelle de transport léger et une inscription au registre des transporteurs. La livraison à vélo échappe à cette obligation, ce qui explique la structure du secteur.
L'assurance décennale, et pourquoi elle passe avant tout
Si vous ne deviez retenir qu'un seul point de cet article, ce serait celui-ci.
Toute personne qui construit un ouvrage répond pendant dix ans des dommages qui compromettent sa solidité ou le rendent impropre à sa destination. Cette responsabilité est présumée : le client n'a pas à prouver votre faute, il lui suffit de constater le désordre.
L'assurance qui la couvre, dite décennale, doit être souscrite avant l'ouverture du chantier. Pas au premier problème, pas à la fin de l'année : avant. Et ses références doivent figurer sur vos devis et vos factures.
Ne pas la souscrire quand on y est tenu n'est pas une négligence administrative : c'est un délit, puni d'amende et de prison. Et le jour où un plancher se fissure, un artisan non assuré paie sur ses biens personnels, pendant dix ans.
Deux conséquences pratiques. D'abord, la décennale se négocie avant de fixer ses prix, parce qu'elle pèse lourd dans les charges d'une première année et qu'un assureur regarde de près un jeune installé sans antériorité. Ensuite, un client averti demande l'attestation, et un artisan qui ne peut pas la produire perd le chantier. Les particuliers y sont de plus en plus attentifs.
À côté, une responsabilité civile professionnelle couvre les dommages courants : le carrelage rayé, la fuite pendant l'intervention, l'outil tombé sur une voiture. Elle n'a rien d'obligatoire partout, mais s'en passer relève du pari.
Ce qui va mal quand on démarre trop vite
Ce sont toujours les mêmes histoires, et elles n'ont presque jamais à voir avec le métier lui-même.
Le client unique. Beaucoup s'installent pour travailler pour une seule entreprise, souvent leur ancien employeur. C'est fragile juridiquement, parce que la relation peut être requalifiée en contrat de travail, et fragile tout court : le jour où ce client s'arrête, l'activité s'arrête avec lui.
Les cotisations qu'on n'a pas mises de côté. On encaisse, on croit avoir gagné, on dépense. Le prélèvement arrive au trimestre suivant, et il porte sur un chiffre d'affaires déjà consommé. La règle des indépendants qui durent est toujours la même : on met la part des cotisations de côté le jour où l'argent rentre, pas le jour où l'échéance tombe.
Le devis trop court. Un devis d'artisan doit être précis, détaillé, daté, signé, et porter les mentions obligatoires dont l'assurance. Un devis bâclé se retourne systématiquement contre celui qui l'a écrit, parce que le doute profite au client.
Les prix calés sur un salaire. Le piège classique du salarié qui s'installe : il calcule son tarif horaire à partir de ce qu'il gagnait, sans compter les cotisations, l'assurance, le véhicule, l'outillage, la comptabilité, les heures de devis non facturées et les jours sans chantier. Il travaille plus qu'avant pour gagner moins, et il ne comprend pas pourquoi.
Le matériel acheté d'un coup. La camionnette, la remorque et l'outillage complet avant le premier client. La location et l'occasion existent, et elles ne coûtent rien tant qu'on ne travaille pas.
Les impayés. Un acompte à la commande, un paiement à l'avancement sur les gros chantiers, une facture envoyée le jour même : ce sont trois habitudes qui font la différence entre une trésorerie tendue et une trésorerie morte.
Questions fréquentes
Peut-on s'installer comme plombier sans diplôme ?
Oui, à condition de justifier de trois années d'expérience professionnelle dans le métier, acquises comme salarié ou comme indépendant. C'est la voie la plus fréquente chez ceux qui ont appris sur le tas. Sans diplôme ni expérience suffisante, l'activité ne peut être exercée que sous le contrôle effectif et permanent d'une personne qualifiée.
Faut-il quitter son emploi pour créer une micro-entreprise ?
Non, et il vaut souvent mieux ne pas le faire tout de suite. Le cumul avec un contrat salarié est autorisé et permet de tester la demande sans perdre son revenu. Vérifiez simplement votre contrat, qui peut contenir une clause d'exclusivité, et ne travaillez jamais pour les clients de votre employeur.
Combien coûte la création d'une micro-entreprise ?
La déclaration en ligne est gratuite. Ce qui coûte, c'est ce qui vient après : l'assurance, la cotisation foncière des entreprises à partir de la deuxième année, le véhicule, l'outillage et le temps non facturé. Méfiez-vous des sites qui facturent une démarche que l'administration fait sans frais.
L'assurance décennale est-elle vraiment obligatoire pour de petits travaux ?
Elle l'est dès que l'on réalise un ouvrage de bâtiment, ce qui couvre bien plus que la construction neuve : une dalle, une toiture, une extension, un réseau encastré. Certains travaux purement esthétiques y échappent, mais la frontière est plus mince qu'on ne le croit, et c'est un point à faire trancher par un assureur avant le chantier, pas après.
Le statut d'indépendant convient-il à un livreur ?
Il est très répandu, mais c'est aussi le terrain où la dépendance à une seule plateforme pose le plus de problèmes. Un livreur indépendant qui ne choisit ni ses tarifs, ni ses horaires, ni ses clients exerce en réalité dans des conditions proches du salariat, et cette question a nourri de nombreux contentieux. Avant de s'engager, il faut regarder qui fixe les prix et qui supporte les charges du véhicule.