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L'habilitation électrique : qui doit l'avoir, qui la paie

Par la rédaction de CmonJobPublié le

L'habilitation électrique : qui doit l'avoir, qui la paie
Photo : Artem Podrez

La réponse en une phrase

L'habilitation électrique n'est ni un diplôme ni un certificat que vous emportez avec vous : c'est votre employeur qui vous l'accorde, par écrit, après vous avoir fait former. Elle est donc à sa charge, sur votre temps de travail, et une offre qui exige que vous arriviez « déjà habilité » demande quelque chose qui n'existe pas vraiment.

Vous pouvez arriver formé. Vous ne pouvez pas arriver habilité chez quelqu'un qui ne vous a pas encore embauché.

Habilitation, formation, diplôme : trois choses différentes

C'est la confusion qui coûte le plus cher aux candidats, alors autant la lever tout de suite.

Le diplôme dit que vous savez faire un métier. Un CAP électricien, par exemple. Il ne s'agit pas d'une habilitation et il n'en tient pas lieu : un électricien diplômé qui change d'entreprise doit être habilité par son nouvel employeur comme n'importe qui.

La formation est le passage devant un formateur, théorie et pratique, qui se termine par un avis de compétence. Elle laisse une attestation, et celle-là, oui, vous la gardez. C'est la pièce que vous montrez à un recruteur.

L'habilitation est un titre nominatif, signé par l'employeur et par vous, qui précise ce que vous avez le droit de faire, sur quelles installations et dans quelles limites. Elle vaut dans cette entreprise et cesse avec le contrat.

L'obligation, elle, vient du Code du travail : les opérations sur des installations électriques ou à leur voisinage ne peuvent être confiées qu'à des travailleurs habilités. C'est l'employeur qui répond du manquement, pas le salarié.

Lire les symboles : B0, H0, BS, BR

Les lettres et les chiffres ne sont pas décoratifs, chacun dit quelque chose de précis.

La première lettre donne le domaine de tension : B pour la basse tension, celle de presque tous les bâtiments, H pour la haute tension, celle des postes de livraison et des réseaux.

Le caractère suivant dit ce que vous faites :

  • 0 : des travaux d'ordre non électrique au voisinage d'installations sous tension. C'est le niveau du maçon qui perce un mur près d'un tableau, du peintre, du plombier qui intervient dans un local technique, de l'agent d'entretien qui nettoie une chaufferie. On ne touche à rien d'électrique : on travaille à côté sans se mettre en danger.
  • 1 : exécutant d'opérations d'ordre électrique, sous la conduite de quelqu'un.
  • 2 : chargé de travaux, celui qui dirige l'opération et l'équipe.
  • S : chargé d'intervention élémentaire. Le niveau BS, le plus utile aux non-électriciens : remplacer une lampe, un fusible, une prise, un interrupteur, à l'identique et hors tension, sur des circuits protégés. C'est ce que demandent la plupart des postes de maintenance de bâtiment.
  • E : opérations spécifiques. Le BE Manœuvre autorise à réarmer un disjoncteur ou à manœuvrer un appareillage, rien de plus.
  • R : chargé d'intervention générale en basse tension. Le BR est celui du dépanneur : recherche de panne, mesure, connexion, remplacement. Il suppose une vraie compétence en électricité.
  • C : chargé de consignation, celui qui met l'installation hors tension et le garantit aux autres.

Une lettre V ajoutée signale le travail au voisinage de pièces sous tension.

Le repère le plus utile pour s'y retrouver : le 0 et le S sont faits pour ceux qui ne sont pas électriciens, le R et le 2 pour ceux qui le sont. Si une offre de préparateur de commandes ou d'opérateur de production demande un BR, il y a de fortes chances que l'employeur se soit trompé de ligne dans son annonce.

Qui paie, et pourquoi la question ne devrait pas se poser

La formation à la sécurité fait partie des obligations de l'employeur. Elle se déroule pendant le temps de travail, et ce temps est rémunéré comme du travail. Ce n'est pas une faveur négociée, c'est le régime normal des formations rendues obligatoires par la réglementation.

Concrètement, cela veut dire trois choses.

D'abord, on ne vous retient rien sur la paie pour une habilitation électrique. Ensuite, on ne vous demande pas de la passer sur un jour de congé. Enfin, si vous quittez l'entreprise, on ne vous en réclame pas le remboursement : ce type de formation n'entre pas dans les clauses de dédit-formation, qui visent les formations longues et qualifiantes.

Si vous êtes en recherche d'emploi et qu'une formation vous est proposée dans le cadre d'un parcours vers un métier en tension, elle est prise en charge par le dispositif, pas par vous. Payer soi-même un B0 ou un BS de sa poche est presque toujours une dépense évitable.

Le recyclage, et ce qui invalide une habilitation

La norme professionnelle qui encadre le sujet recommande une remise à niveau tous les trois ans. Ce n'est pas une date de péremption automatique : c'est l'employeur qui décide, mais il décide difficilement autre chose, parce que c'est cette périodicité que regardent l'inspection du travail et l'assurance en cas d'accident.

D'autres événements imposent de reprendre le sujet avant l'échéance : un changement de fonction, une modification importante des installations, une longue interruption d'activité, ou un constat de comportement dangereux.

Point important pour un candidat : votre attestation de formation, elle, ne disparaît pas quand vous changez d'employeur. Elle reste la preuve que vous avez suivi le stage. Votre nouvel employeur peut s'appuyer dessus pour vous habiliter rapidement, souvent sans vous renvoyer en formation complète si elle est récente.

Ce qu'il faut vérifier

Le titre est-il écrit et signé ? Une habilitation orale n'existe pas. Si on vous demande d'intervenir sans titre, l'employeur est en faute, et vous êtes celui qui prend le risque physique.

Le niveau correspond-il à ce qu'on vous demande de faire ? Un B0 ne permet pas de remplacer une prise. Un BS ne permet pas de chercher une panne sous tension. Un titre trop bas pour la tâche est aussi problématique qu'une absence de titre.

Avez-vous le matériel qui va avec ? Gants isolants, vérificateur d'absence de tension, outillage isolé : l'habilitation suppose les équipements, et c'est encore à l'employeur de les fournir.

Savez-vous refuser ? Dire « je ne suis pas habilité pour ça » n'est pas un refus de travail. C'est la réponse que la réglementation attend, et c'est celle qui vous protège si quelque chose tourne mal.

Questions fréquentes

Puis-je passer une habilitation électrique avant d'être embauché ?

Vous pouvez suivre la formation et obtenir l'attestation, ce qui est un vrai argument sur une candidature. Mais le titre d'habilitation lui-même ne peut être délivré que par un employeur, pour ses propres installations : personne ne peut vous le vendre, et un organisme qui prétend le faire vous vend un papier sans valeur.

Un agent d'entretien a-t-il besoin d'une habilitation ?

Souvent oui, au niveau B0 s'il travaille près d'armoires ou de locaux techniques, au niveau BS si on lui demande de changer des lampes ou des fusibles. C'est un des cas les plus fréquents de personnes qui interviennent depuis des années sans titre, simplement parce que personne n'a posé la question.

Que risque-t-on à travailler sans habilitation ?

Le risque immédiat est physique, et il est sérieux : l'électricité tue et brûle sans prévenir. Le risque juridique pèse d'abord sur l'employeur, qui répond du défaut de formation, mais un accident survenu hors du cadre autorisé complique tout, y compris pour le salarié.

Mon habilitation me suit-elle chez un autre employeur ?

Non. Le titre s'éteint avec le contrat, parce qu'il porte sur des installations précises. Ce qui vous suit, c'est l'attestation de formation, et elle permet au nouvel employeur de vous habiliter sans repartir de zéro si elle est encore récente.

Faut-il être électricien pour obtenir un BS ?

Non, et c'est même la raison d'être de ce niveau : il a été conçu pour des personnes dont ce n'est pas le métier, avec des gestes limités et strictement encadrés. La formation dure généralement deux jours et ne suppose aucune connaissance préalable en électricité.