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Marché de l'emploi

Pas le permis : quels métiers restent accessibles ?

Par la rédaction de CmonJobPublié le

Pas le permis : quels métiers restent accessibles ?
Photo : Ayşegül Aytören

La réponse en une phrase

Ne pas avoir le permis ferme moins de portes qu'on ne le croit : sur les 141 offres que nous relayons, 12 seulement exigent le permis B, soit environ une sur onze. Neuf offres sur dix ne le demandent pas.

Le vrai obstacle n'est presque jamais la distance : c'est l'horaire. Un poste à vingt minutes de bus reste accessible si la journée commence à 9 h, et devient impossible si elle commence à 5 h, parce qu'aucun bus ne roule à cette heure-là. C'est ce calcul qu'il faut faire avant de postuler, pas celui des kilomètres.

Quelles offres exigent vraiment le permis ?

En regardant nos 12 offres concernées, on voit un motif net. Le permis apparaît quand le poste implique de se déplacer pendant le travail, pas pour venir travailler : un menuisier plaquiste qui va de chantier en chantier, un ouvrier forestier, un agent d'entretien de bâtiments répartis sur une commune, un aide-soignant en établissement isolé, un conseiller immobilier qui visite des biens.

Autrement dit, le permis est demandé comme outil de travail, pas comme condition d'assiduité. C'est une bonne nouvelle : cela veut dire que les postes fixes, sur un seul site, restent largement ouverts.

Attention toutefois à une exigence qui ne se dit pas dans le champ « permis » : beaucoup d'annonces écrivent, dans le corps du texte, « site non desservi par les transports en commun » ou « véhicule personnel indispensable ». Ce n'est pas le permis qui est exigé là, c'est la capacité à arriver. Il faut lire l'annonce jusqu'au bout, ces phrases sont presque toujours dans le dernier tiers.

Quels métiers tiennent au bout d'une ligne de bus ?

Les métiers qui s'exercent sur un site unique et bien desservi sont les plus sûrs quand on n'a pas de voiture.

En centre-ville et dans les zones commerciales desservies. L'hôte de caisse travaille en magasin, souvent en centre commercial relié au réseau. Le serveur et le commis de cuisine exercent en centre-ville, là où les lignes passent. La femme et valet de chambre travaille en hôtel, en général bien situé.

Dans les établissements publics ou de santé. L'aide-soignant exerce en hôpital, en clinique ou en EHPAD, souvent desservis parce qu'ils reçoivent du public et des visiteurs. L'agent d'entretien intervient dans des écoles, des bureaux, des immeubles : partout, y compris à pied.

Dans la sécurité. L'agent de sécurité tient un poste fixe sur un site : magasin, immeuble, événement. La question du transport ne se pose que pour les vacations de nuit.

À l'inverse, deux familles de métiers demandent une vraie vigilance. La logistique d'abord : le préparateur de commandes et le cariste travaillent dans des entrepôts implantés en zone d'activité périphérique, précisément là où les bus s'arrêtent tôt. Le bâtiment ensuite : le maçon et le plombier changent de chantier régulièrement, et le point de rendez-vous est souvent le dépôt, à 7 h, hors agglomération.

Ces métiers ne sont pas interdits sans permis, mais ils demandent une solution de transport pensée à l'avance, et parfois négociée avec l'employeur.

Le premier bus, le dernier bus : le calcul à faire avant de postuler

C'est le calcul que personne ne fait, et c'est celui qui décide de tout. Prenez l'horaire du poste, pas l'adresse.

Le matin. Si l'équipe démarre à 5 h ou 6 h, vérifiez l'heure du premier passage sur la ligne, en semaine et le week-end, qui n'ont presque jamais les mêmes horaires. Beaucoup de réseaux ne démarrent pas avant 6 h, et le dimanche pas avant 8 h.

Le soir. Si le service se termine à 23 h en restauration, ou à 21 h après une équipe d'après-midi, le dernier bus est souvent parti. Un poste tenu à l'aller et impossible au retour n'est pas un poste tenable.

Le week-end et les jours fériés. C'est le trou le plus fréquent. Des postes en 3x8, en hôtellerie ou en grande distribution tournent sept jours sur sept, sur un réseau qui, lui, tourne cinq jours.

Trois solutions existent, et elles se demandent :

  • Le vélo ou le vélo électrique, qui règle beaucoup de trajets de moins de dix kilomètres et ne dépend d'aucun horaire.
  • Le cyclomoteur de 50 cm³, accessible avec le permis AM (l'ancien BSR), qui se prépare en quelques heures de formation et coûte bien moins cher qu'un permis B.
  • Le covoiturage avec un collègue de la même équipe, à demander directement à l'employeur ou au chef d'équipe. Sur des postes en horaires décalés, tout le monde part et rentre en même temps : c'est souvent la solution la plus simple, et personne n'y pense.

Ce que l'employeur doit payer, et ce qu'il peut payer

Deux choses à connaître, parce qu'elles se réclament.

L'abonnement de transport en commun est pris en charge à 50 % par l'employeur, obligatoirement, pour tout salarié qui utilise les transports publics ou un service public de location de vélos pour aller travailler. Cette obligation vaut aussi pour un temps partiel, avec une règle de proportionnalité en dessous d'un mi-temps. Ce n'est pas un geste commercial, c'est une obligation légale, et elle s'applique aussi en intérim.

Le forfait mobilités durables peut, lui, s'ajouter : c'est un versement facultatif de l'employeur pour ceux qui viennent à vélo, en covoiturage ou en engin de déplacement personnel. Facultatif ne veut pas dire rare : beaucoup d'entreprises l'ont mis en place et ne le disent pas spontanément. Il se demande.

Comment faire financer le permis quand on décide de le passer

Si le permis devient le vrai frein, plusieurs dispositifs existent, et ils se cumulent parfois. Aucun ne s'obtient sans démarche.

Le CPF. Le permis B est finançable par le compte personnel de formation, à condition que le projet soit lié à un objectif professionnel et que le permis ne soit ni suspendu ni annulé. Le permis poids lourd et le permis de transport en commun le sont également, et ils ouvrent des métiers mieux payés.

Le permis à un euro par jour. C'est un prêt à taux zéro, sans intérêts pour l'emprunteur, réservé aux jeunes, remboursable par mensualités faibles. Il ne réduit pas le coût, il l'étale.

Les aides de France Travail. Une aide au permis existe pour les demandeurs d'emploi dont le projet de retour à l'emploi est bloqué par l'absence de permis. Elle se demande avant de s'inscrire en auto-école, et jamais après : c'est l'erreur la plus courante.

Les missions locales, les régions et les départements. Pour les moins de 26 ans, la mission locale est le premier interlocuteur, et elle connaît les aides locales que personne d'autre ne connaît. Les conseils régionaux et départementaux ont presque tous un dispositif, sous conditions de ressources.

L'employeur ou l'agence d'intérim. C'est la voie la plus rapide et la moins connue. Une entreprise qui n'arrive pas à pourvoir un poste finance parfois le permis, en échange d'un engagement de durée. Les agences d'intérim disposent d'un fonds d'action sociale du travail temporaire qui aide à la mobilité des intérimaires ayant déjà travaillé un certain nombre d'heures. Il faut le demander à l'agence, elle ne le proposera pas d'elle-même.

Questions fréquentes

Faut-il mentionner sur le CV qu'on n'a pas le permis ?

Non, on n'écrit pas ce qu'on n'a pas. En revanche, écrivez en haut du CV comment vous venez travailler et sur quels créneaux vous êtes disponible, par exemple « disponible tous horaires, secteur desservi par la ligne de bus, véhicule deux-roues ». C'est une information que le recruteur cherche et que presque personne ne donne.

Un employeur peut-il refuser ma candidature parce que je n'ai pas le permis ?

Oui, si le permis est nécessaire pour tenir le poste, par exemple pour conduire un véhicule de service ou se rendre sur des chantiers différents chaque jour. En revanche, refuser quelqu'un pour un poste fixe uniquement parce qu'il n'a pas de voiture est un critère de mobilité, pas une exigence de qualification : cela se discute en entretien, en montrant précisément comment vous comptez venir.

Que faire si le premier bus arrive après le début de mon service ?

Posez la question avant de signer, jamais après. Beaucoup d'employeurs sur des horaires décalés organisent un covoiturage interne, décalent une prise de poste d'un quart d'heure, ou placent les nouveaux sur l'équipe d'après-midi le temps de trouver une solution. Ce qui ne se règle pas au moment de l'embauche ne se règle presque jamais ensuite.

Le CPF suffit-il pour payer un permis en entier ?

Cela dépend du montant disponible sur votre compte et du prix de l'auto-école, qui varie beaucoup d'une ville à l'autre. Il est fréquent que le CPF couvre une partie seulement, et il faut alors le compléter par une aide de France Travail, de la région ou de la mission locale, ce qui suppose de monter le dossier avant toute inscription.

Le permis AM, celui du scooter, ouvre-t-il des emplois ?

Il n'est presque jamais exigé dans une offre, mais il résout le problème du transport, qui est le vrai obstacle. Se former en quelques heures pour pouvoir conduire un cyclomoteur permet d'accéder aux zones d'activité et aux horaires que les bus ne couvrent pas, pour un coût sans rapport avec celui du permis B.