Marché de l'emploi
Comment marche une agence d'intérim, concrètement
Par la rédaction de CmonJobPublié le
La réponse en une phrase
Une agence d'intérim est votre employeur. Ce n'est pas un intermédiaire, pas un site d'annonces, pas un conseiller : c'est elle qui signe votre contrat, qui vous paie, qui vous déclare, et qui vous doit ce qu'un employeur doit. L'entreprise où vous travaillez, elle, s'appelle l'entreprise utilisatrice : elle vous donne les consignes et fait respecter la sécurité, mais elle ne vous paie pas.
Cette relation à trois explique tout le reste : pourquoi on vous demande de repasser à l'agence, pourquoi votre paie contient des lignes qu'un CDI n'a pas, et pourquoi une mission qui se passe bien peut s'arrêter d'un jour à l'autre sans que l'entreprise ait rien à vous dire.
Sur les 141 offres que nous relayons, 26 passent par l'intérim, soit environ une sur cinq. Et cinq de nos treize fiches métiers présentent l'intérim comme la voie d'entrée normale : préparateur de commandes, cariste, livreur-coursier, maçon et opérateur de production.
Ce qui se passe le jour de l'inscription
L'inscription est gratuite. Une agence qui demande de l'argent à un candidat, sous quelque forme que ce soit, est hors la loi : c'est un signal d'arrêt immédiat.
Concrètement, on vous demande une pièce d'identité ou un titre de séjour autorisant le travail, un justificatif de domicile, un relevé d'identité bancaire, votre numéro de sécurité sociale, et vos qualifications s'il y en a : CACES, habilitation électrique, carte professionnelle, diplôme. Certaines agences font passer des tests de sécurité, notamment en logistique et en industrie.
Trois choses se jouent ce jour-là, et elles décident de la suite.
Vos disponibilités réelles. C'est le champ le plus important de votre dossier, très loin devant votre expérience. Dites précisément quels horaires vous acceptez, y compris la nuit, le week-end et le 3x8 si c'est le cas, et comment vous vous déplacez. Une agence appelle en priorité les personnes dont elle est certaine qu'elles peuvent y aller.
Votre périmètre géographique. Donnez un rayon honnête. Accepter une mission trop loin puis abandonner au bout d'une semaine coûte plus cher, en réputation, qu'un refus au départ.
Le nom de votre interlocuteur. Notez-le. Dans une agence, les missions se distribuent par téléphone, souvent le soir pour le lendemain, et le fait qu'une personne précise vous connaisse pèse plus que votre dossier.
Inscrivez-vous dans plusieurs agences, c'est normal et personne ne s'en offusque : elles ne travaillent pas avec les mêmes entreprises. Mais tenez à jour vos disponibilités partout, sinon vous serez appelé pour des missions que vous ne pouvez pas prendre, et vous serez rapidement rétrogradé dans la liste.
Comment une mission arrive vraiment
Presque jamais par une annonce. Une mission arrive par un appel, souvent la veille pour le lendemain, parfois le matin même pour l'après-midi. C'est la raison pour laquelle la réactivité compte autant que les compétences dans ce système.
Deux documents encadrent la mission, et il faut savoir lequel vous concerne. Le contrat de mise à disposition lie l'agence à l'entreprise : il ne vous est pas remis. Le contrat de mission vous lie à l'agence : celui-là doit vous être transmis dans les deux jours ouvrables suivant votre mise à disposition. Réclamez-le s'il tarde. Il contient le motif du recours, la qualification retenue, la durée prévue, le lieu, les horaires et la rémunération.
Le motif compte, parce qu'une entreprise ne peut pas recourir à l'intérim pour n'importe quoi : remplacement d'un salarié absent, accroissement temporaire d'activité, emploi saisonnier, attente d'un recrutement en CDI. Un motif vague ou absent est une irrégularité.
Un point que beaucoup d'intérimaires ignorent : votre rémunération doit être au moins égale à celle que percevrait un salarié de l'entreprise, de qualification équivalente, sur le même poste. Cela inclut les primes liées au poste, comme les paniers, les primes d'équipe ou de froid. Si vous découvrez que le titulaire du poste d'à côté touche une prime que vous n'avez pas, c'est une question à poser à l'agence, pas à l'entreprise.
Enfin, une mission a une durée maximale, dix-huit mois dans le cas général, avec des cas particuliers plus courts ou plus longs. Un poste tenu en intérim pendant des années sans interruption n'est pas une situation normale.
IFM, congés payés, compte épargne temps : où va l'argent
C'est ce qui rend une fiche de paie d'intérimaire différente, et c'est ce qui explique pourquoi l'intérim paraît mieux payé.
L'IFM, indemnité de fin de mission, souvent appelée prime de précarité, représente 10 % de votre rémunération brute totale sur la mission. Elle compense le fait que votre emploi s'arrête. Elle n'est pas due dans certains cas, notamment si vous êtes embauché en CDI par l'entreprise juste après la mission, si vous refusez un CDI proposé sur le même poste, si vous rompez le contrat de votre propre fait, ou si vous êtes en CDI intérimaire.
L'ICCP, indemnité compensatrice de congés payés, représente 10 % de votre rémunération totale, IFM comprise. Elle remplace les congés que vous ne prenez pas.
Ces deux lignes ne sont pas un bonus : elles sont la contrepartie d'une précarité réelle. Un intérimaire qui compare son taux horaire à celui d'un salarié en CDI compare deux choses différentes.
Le compte épargne temps est proposé par la plupart des agences, mais il n'est pas obligatoire. Le principe : vous y placez tout ou partie de vos IFM, de vos congés payés et de vos primes, et l'agence les rémunère à un taux qu'elle fixe elle-même. Deux règles de prudence. D'abord, demandez le taux par écrit et vérifiez s'il s'applique à la totalité ou seulement à une part. Ensuite, vérifiez les conditions de déblocage : certaines agences imposent un délai ou un motif. Un compte épargne temps est un bon outil pour se constituer une réserve entre deux missions, à condition de savoir en sortir quand on en a besoin.
Le délai de carence, la règle qu'on découvre trop tard
C'est la mauvaise surprise la plus fréquente, et elle est mal comprise. Le délai de carence ne s'applique pas à vous : il s'applique au poste.
Quand une mission se termine, l'entreprise ne peut pas pourvoir à nouveau le même poste par un intérimaire ou un CDD avant un certain délai. Ce délai vaut un tiers de la durée de la mission si celle-ci a duré quatorze jours ou plus, et la moitié si elle a duré moins de quatorze jours. Il se compte en jours d'ouverture de l'entreprise.
Ce que cela change pour vous, très concrètement : après trois mois de mission dans un entrepôt, le poste que vous teniez est bloqué environ un mois. Vous ne pourrez pas y revenir tout de suite, même si tout le monde était content de vous. Ce n'est pas un rejet, c'est la loi.
Le délai ne s'applique pas dans plusieurs situations : nouvelle absence du salarié remplacé, travaux urgents de sécurité, emplois saisonniers, ou rupture du contrat à votre initiative.
Il faut donc anticiper la fin de mission avant qu'elle arrive, et non le jour où elle arrive. C'est l'objet de la section suivante.
Comment ne pas rester à vide entre deux missions
Cinq gestes, et ils se prennent pendant la mission, pas après.
- Appelez votre agence dix jours avant la fin. Pas le dernier jour. Une agence place en priorité ceux dont elle sait qu'ils seront libres, parce qu'elle raisonne à quelques jours.
- Dites à l'entreprise utilisatrice que vous êtes intéressé par une embauche. Beaucoup de CDI se signent ainsi, et personne ne le propose spontanément à quelqu'un qui n'a rien demandé.
- Restez inscrit dans deux ou trois agences, et prévenez-les toutes de votre date de fin. C'est le seul moyen de faire jouer la concurrence sur les délais.
- Faites financer une qualification pendant les creux. Le CACES, une habilitation électrique ou une formation sécurité se financent souvent par le fonds de formation du travail temporaire, dès lors que vous avez accumulé un certain nombre d'heures de mission. C'est l'investissement qui change le plus vite un taux horaire, en particulier pour passer de préparateur de commandes à cariste.
- Utilisez les aides du fonds d'action sociale du travail temporaire. Logement, garde d'enfants, mobilité, complémentaire santé, avance sur salaire : ces aides existent pour les intérimaires ayant travaillé un certain volume d'heures, et elles ne sont presque jamais proposées d'elles-mêmes. Il faut les demander à l'agence.
Un dernier point, sur l'indemnisation. Entre deux missions, vous pouvez être indemnisé par l'assurance chômage si vous remplissez les conditions d'affiliation, et vous devez alors déclarer chaque mois vos heures travaillées. Une mission courte ne fait pas perdre les droits, elle les recalcule. Ne pas déclarer une mission est en revanche un trop-perçu qui sera réclamé.
Questions fréquentes
Une agence d'intérim peut-elle me faire payer quoi que ce soit ?
Non, jamais, à aucun titre. L'inscription, les tests, la mise à disposition et le suivi sont gratuits pour le candidat, l'agence étant rémunérée par l'entreprise utilisatrice. Une demande de frais de dossier, de formation obligatoire payante ou de caution pour du matériel est une irrégularité qui doit faire cesser la discussion.
Puis-je refuser une mission sans être écarté ensuite ?
Vous pouvez refuser, aucune sanction légale n'existe, mais il faut être lucide : une agence rappelle en priorité les personnes qui disent oui. La solution est de refuser en expliquant précisément pourquoi, par exemple parce que le site n'est pas accessible à cette heure-là, et de redire dans la même phrase ce que vous acceptez. Un refus argumenté ne pénalise pas, un refus sans explication finit par vous sortir de la liste.
Ai-je droit au chômage entre deux missions d'intérim ?
Oui, si vous remplissez les conditions d'affiliation communes à tous les salariés, l'intérim n'étant pas un statut à part sur ce point. Vous devez rester inscrit comme demandeur d'emploi et déclarer chaque mois les heures effectuées, ce qui met à jour votre indemnisation au lieu de la supprimer.
Que se passe-t-il si l'entreprise met fin à ma mission avant la date prévue ?
L'entreprise utilisatrice ne peut pas rompre votre contrat, puisqu'elle n'est pas votre employeur : c'est l'agence qui doit, en principe, vous proposer un nouveau contrat dans un délai court, ou à défaut vous payer la rémunération que vous auriez perçue jusqu'au terme prévu. Une fin de mission anticipée n'est donc pas une simple mauvaise nouvelle, c'est une situation qui ouvre des droits, et il faut appeler l'agence le jour même.
Le CDI intérimaire, est-ce vraiment un CDI ?
Oui, c'est un contrat à durée indéterminée signé avec l'agence, qui vous garantit une rémunération minimale même pendant les périodes sans mission. La contrepartie est réelle : vous n'avez plus d'indemnité de fin de mission, vous acceptez un périmètre géographique et des types de postes définis à l'avance, et vous devez prendre les missions proposées dans ce cadre.