Aller au contenu
CmonJob

Vie au travail

Travailler dehors : froid, canicule, intempéries

Par la rédaction de CmonJobPublié le

Travailler dehors : froid, canicule, intempéries
Photo : Primitive Spaces

La réponse en une phrase

Le code du travail ne fixe aucune température minimale ni maximale au-delà de laquelle on arrêterait de travailler : c'est la première chose à savoir, et celle qui déçoit le plus. Ce qui existe à la place est plus utile qu'il n'y paraît : une obligation d'évaluer le risque et de prendre des mesures concrètes (eau, abri, pauses, horaires décalés), un régime d'indemnisation propre au bâtiment quand le chantier s'arrête, et le droit de retrait en cas de danger grave et imminent.

Donc on ne cherche pas le seuil : on regarde ce que l'employeur a mis en place, et on le fait constater quand il n'y a rien.

Qui travaille dehors, dans nos métiers

Le référentiel ROME décrit les conditions de travail officielles de chaque métier, et les mentions qu'il retient sont instructives.

Le maçon cumule « en extérieur », « sur chantier » et « en grande hauteur » : c'est le profil le plus exposé de nos fiches. Le préparateur de commandes porte à la fois « en extérieur » et « en environnement climatique difficile », ce qui décrit bien les quais de chargement et les entrepôts non chauffés. Le cariste est le seul à porter les deux mentions « exposition à de basses températures » et « exposition à de hautes températures » : les plateformes du froid d'un côté, les zones sous tôle de l'autre.

Une précision honnête : le livreur-coursier ne porte aucune de ces mentions alors qu'il passe ses journées dehors. Le référentiel retient pour lui l'autonomie et le travail isolé. Cela ne change rien à ses droits, cela rappelle seulement qu'une étiquette officielle décrit un métier de loin.

Beaucoup de salariés attendent le chiffre qui déclencherait l'arrêt. Il n'existe pas. Ce que le code impose est d'une autre nature, et il vaut mieux le connaître :

  • évaluer le risque lié aux ambiances thermiques et le consigner dans le document unique ;
  • prendre les mesures qui en découlent, ce qui inclut l'organisation du travail, pas seulement l'équipement ;
  • fournir de l'eau potable et fraîche pour la boisson, et sur les chantiers du bâtiment, au moins trois litres par jour et par travailleur ;
  • mettre à disposition un local ou un abri permettant de se protéger et de faire une pause au chaud ou à l'ombre ;
  • protéger contre les intempéries les postes extérieurs, autant que la nature du travail le permet.

Un employeur qui répond « il n'y a pas de température limite » a raison sur le texte, et cela ne le dispense d'aucune de ces obligations.

Chaleur : ce qui a changé récemment

Le sujet a été renforcé : depuis l'été 2025, un décret consacré à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense oblige explicitement les employeurs à intégrer ce risque dans l'évaluation et à prévoir des mesures graduées selon la vigilance météorologique.

Concrètement, ce que l'on doit voir sur le terrain quand il fait très chaud :

  • de l'eau fraîche accessible en quantité, près du poste et pas à l'autre bout du site ;
  • des horaires décalés, pour sortir des heures les plus chaudes de l'après-midi ;
  • des pauses supplémentaires à l'ombre ou dans un local ventilé, et une réduction du travail physique intense ;
  • une organisation du travail revue : report des tâches les plus lourdes, rotation entre les postes exposés, personne seule sur un poste à risque ;
  • une surveillance mutuelle : on repère souvent le malaise d'un collègue avant qu'il ne le sente lui-même.

Les signes qui imposent d'arrêter immédiatement et d'appeler les secours : maux de tête intenses, nausées, confusion, propos incohérents, peau chaude et sèche avec arrêt de la transpiration, perte de connaissance. Le coup de chaleur est une urgence vitale. On met la personne à l'ombre, on la rafraîchit, on appelle le 15 et on ne la laisse pas seule.

Les métiers où la chaleur est doublement dangereuse sont ceux qui exigent de la vigilance : conduite d'engin pour un cariste, travail en hauteur pour un maçon. La faute d'inattention arrive avant le malaise.

Froid, pluie, vent : le régime intempéries du bâtiment

Le froid n'a pas non plus de seuil réglementaire. Ce qui existe : l'obligation de fournir des protections contre les intempéries, un local chauffé pour les pauses et les repas, des vestiaires, et de limiter le temps d'exposition.

Le bâtiment dispose en plus d'un dispositif que peu de salariés connaissent bien : le régime d'indemnisation des intempéries, prévu par le code du travail et géré par les caisses congés intempéries du bâtiment et des travaux publics.

Ce qu'il faut en retenir :

  • c'est l'employeur qui décide l'arrêt, pas le salarié, après avoir apprécié si les conditions rendent le travail dangereux ou impossible ;
  • le salarié arrêté perçoit une indemnité correspondant aux trois quarts de son salaire horaire pour les heures perdues ;
  • la première heure d'arrêt n'est pas indemnisée : c'est le délai de carence ;
  • le nombre de jours indemnisables est plafonné sur l'année ; le chiffre en vigueur vous sera confirmé par votre caisse ou votre employeur, mieux vaut le demander que le supposer ;
  • le dispositif vise les ouvriers du bâtiment et des travaux publics : il ne s'applique ni à l'entrepôt, ni à la livraison, ni au nettoyage.

Hors bâtiment, si l'employeur décide d'arrêter l'activité, il reste tenu de vous fournir du travail ou de maintenir votre rémunération : une journée annulée à la dernière minute ne se transforme pas en journée non payée par simple décision unilatérale. En cas de doute, la convention collective tranche.

Ce qu'on peut refuser, et comment

Le droit de retrait existe et il est réel. Tout salarié qui a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé peut se retirer, à condition d'alerter immédiatement son employeur ou son représentant. Exercé de bonne foi, il ne peut donner lieu ni à sanction ni à retenue de salaire.

Ce qu'il n'est pas : un droit de confort. « Il fait froid » ne suffit pas. « Le vent fait bouger l'échafaudage et je dois monter dessus » est une autre affaire. La différence tient au caractère grave et imminent, et le juge peut être amené à l'apprécier après coup.

La marche à suivre, dans l'ordre :

  1. Alerter tout de suite, oralement puis par écrit, en décrivant la situation précise.
  2. Demander l'inscription au registre des dangers graves et imminents, tenu à disposition des représentants du personnel.
  3. Prévenir un élu du comité social et économique, qui dispose lui aussi d'un droit d'alerte.
  4. Rester joignable et disponible pour un autre travail : se retirer d'un poste dangereux ne veut pas dire quitter le site.
  5. Saisir l'inspection du travail si la situation ne change pas.

Ce qu'il faut vérifier sur un chantier ou une plateforme

  • Où est l'eau, et est-elle fraîche à quinze heures comme à sept heures ?
  • Où est l'abri, et combien de personnes peuvent s'y asseoir en même temps ?
  • Qui décide de décaler les horaires en cas d'alerte, et à partir de quoi ?
  • Existe-t-il des vêtements adaptés fournis par l'entreprise, chauds et imperméables l'hiver, respirants et couvrants l'été ?
  • Comment travaille-t-on seul, et qui vérifie que personne ne reste isolé sur un poste exposé ?
  • Ce que dit la convention collective, qui peut prévoir des pauses ou des primes que le code ignore.

Questions fréquentes

Existe-t-il une température à partir de laquelle on arrête le travail ?

Non, ni pour le froid ni pour la chaleur. Aucun texte général ne fixe de seuil chiffré d'arrêt. L'employeur doit en revanche évaluer le risque, adapter l'organisation et les horaires, fournir eau et abri, et suivre les alertes météorologiques. C'est cette obligation de moyens que l'on invoque, et le droit de retrait reste possible si la situation devient dangereuse au point d'être grave et imminente.

Suis-je payé quand le chantier s'arrête pour intempéries ?

Dans le bâtiment et les travaux publics, oui : une indemnité correspondant aux trois quarts du salaire horaire est due pour les heures perdues, après une heure de carence, dans une limite annuelle de jours. C'est l'employeur qui décide de l'arrêt et qui verse l'indemnité, sa caisse congés intempéries la lui remboursant ensuite. Hors du bâtiment, ce régime ne s'applique pas et c'est le contrat, la convention collective et les règles générales de rémunération qui décident.

Je livre à scooter toute la journée sous la pluie, ai-je droit à quelque chose ?

Cela dépend entièrement de votre statut. Salarié, votre employeur doit vous protéger contre les intempéries, ce qui inclut des équipements adaptés, et organiser des temps de récupération au sec. Indépendant sous statut d'auto-entrepreneur, vous ne relevez pas du code du travail et aucune de ces obligations ne pèse sur la plateforme qui vous donne les courses : c'est l'une des différences les plus concrètes entre les deux situations.

Puis-je refuser de monter sur un toit par grand vent ?

Le travail en hauteur par vent fort est l'exemple type d'une situation qui peut justifier un droit de retrait, car le danger y est à la fois grave et imminent. Alertez immédiatement votre chef de chantier, expliquez le motif, demandez que ce soit consigné, et proposez si possible une autre tâche au sol. Ce qui fragilise un droit de retrait, ce n'est presque jamais le motif : c'est l'absence d'alerte immédiate et de trace écrite.

Mon employeur peut-il me faire récupérer les heures perdues à cause du mauvais temps ?

La récupération des heures perdues pour cause d'intempéries est prévue par le code du travail, dans des limites précises et sous conditions d'information des représentants du personnel. Elle ne se décide donc pas au coup par coup ni oralement. Demandez sur quel fondement la récupération est demandée, et vérifiez auprès de vos élus ou de votre convention collective avant d'accepter un rattrapage qui viendrait s'ajouter à une semaine déjà pleine.